L’escrime, armé pour la vie

 

Par Pascal Aubrit, Maître d’armes, psychopraticien relationnel, coach professionnel https://www.pascal-aubrit.fr/

 

« L’escrime c’est comme jouer aux échecs en courant un 100 mètres. »
Christian d’Oriola, quadruple champion olympique de fleuret

 Art martial européen

Sport traditionnel historique et premier pourvoyeur de médailles olympiques du sport français, l’escrime est un sport de combat dans lequel on retrouve des valeurs communes avec les arts martiaux orientaux : maîtrise de soi, respect de l’adversaire, technicité, rigueur… L’escrime s’en distingue cependant et se rapproche davantage de la boxe en ce qu’elle est basée sur la relation. Certains m’objecteront que les arts martiaux sont également basés sur la relation, je ne le réfute pas, mais en escrime la relation prend le pas sur la maîtrise de soi, ce qui représente pour moi une différence conséquente avec la philosophie orientale du combat.

3 armes, 3 logiques différentes

L’escrime se pratique avec trois armes distinctes : le fleuret, l’épée et le sabre. Le fleuret a été conçu au 17e siècle comme arme d’étude pour l’apprentissage de l’épée, alors réservée au duel et à la guerre. Quant au sabre, il trouve ses origines en tant qu’arme de cavalerie et c’est le seul avec lequel on touche du tranchant de l’arme.
L’épée représente la patience là où le sabre est synonyme de vitesse. Mais aux trois armes, l’essence de l’escrime c’est le dialogue, la rhétorique, la relation. L’escrimeur vainqueur est celui qui parvient à attirer l’adversaire dans les filets qu’il aura tendus pendant l’assaut, à force d’observation et d’ajustements successifs.

Une histoire et un imaginaire fourni

On pratique et on apprend l’escrime depuis au moins deux millénaires. L’escrime telle que nous la pratiquons aujourd’hui s’origine autour de la renaissance, passage entre le combat aux armes lourdes et l’avènement d’armes plus légères et maniables.
L’escrime est liée à un riche imaginaire lui-même entremêlé d’histoire : les joutes des mousquetaires si bien mises en scène par Dumas nous rappellent qu’à cette époque on a pu compter 10 000 morts par an en duel, soit bien davantage que de tués sur les routes aujourd’hui… Cyrano, Fanfan la Tulipe, d’Artagnan, voilà les héros auxquels on s’identifie, même si les enfants s’orientent désormais vers des références plus récentes : les chevaliers Jedi ou les protagonistes du seigneur des anneaux…

La tête et les jambes

L’escrime mêle l’intensité du combat à une réflexion élaborée, nécessaire pour tendre des pièges à l’adversaire et pour éviter de tomber dans les siens. Il s’agit bien d’une partie d’échecs à grande vitesse, qui apprend à l’escrimeur à jouer en permanence sur deux tableaux : l’action et la pensée. Une sacrée gymnastique qui, une fois acquise, se révèle très utile au regard de l’évolution de notre société vers une réactivité de plus en plus sollicitée.

L’ancrage de l’escrimeur au sol lui permet d’apprendre à garder les pieds sur terre en toute circonstance ; la position de garde, prise en pliant les genoux, comme les nombreux appuis au sol et leur fréquence, sont de formidables outils pour ceux qui ont besoin d’un enracinement consistant et d’une concentration en lien avec la situation dans laquelle ils sont plongés.

Avancer masqué

Le masque que porte l’escrimeur se révèle un puissant vecteur d’affirmation de soi, qui permet dans un premier temps d’évoluer caché aux yeux des autres. L’escrime a souvent été recommandée aux enfants timides pour cette raison : on peut y voir sans être vu. Le même masque permet de projeter à loisir sur l’adversaire, car une fois masqué on ne voit plus son visage. Ce détail permet à l’escrimeur d’imaginer – pourquoi pas – quelqu’un autre à la place de l’adversaire, et de décharger sur lui son agressivité dans un cadre sécurisé.
Il s’agit de tuer et de mourir pour de faux, et de constater à la fin que l’adversaire et moi-même avons survécu à l’affrontement. Voilà un apprentissage des relations humaines particulièrement utile à ceux qui éprouvent des difficultés face au conflit ou à l’autorité.

Mille façons d’être escrimeur

Compétiteur, arbitre, éducateur, bénévole ou simple pratiquant, il ne tient qu’à chacun de trouver sa place au sein d’un club d’escrime. La compétition permet à l’enfant comme à l’adulte de travailler son rapport à la confrontation et à l’affrontement, quand l’arbitrage permet d’exercer dès l’enfance une fonction de médiateur et de juge. Une pratique intelligente de la discipline consiste à permettre au pratiquant d’évoluer d’une posture à une autre, c’est en tout cas le chemin qu’il m’a été offert de parcourir, grâce à l’influence de mon maître d’armes. Et si mes activités professionnelles m’éloignent aujourd’hui de ma discipline, je demeure conscient de tout ce qu’elle a pu m’apporter dans ma vie d’enfant et d’adulte.

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